vous pouvez mettre ici des articles qui traitent d'une façon ou d'une autre de la culture, du mouvement gothique
en voici un que j ai trouvé dans les archives de mon collège il y a quelque temps, et que j ai retrouvé tantôt
Le Devoir
LES ACTUALITÉS, vendredi 15 septembre 2006, p. a1
La face cachée d'un courant obscur
«Associer le mouvement gothique à une tuerie, c'est totalement ridicule»
Deglise, Fabien
En revendiquant sur son site Internet son appartenance au courant gothique métal,
Kimveer Gill, le tueur du Collège Dawson, a permis, à travers un geste d'une violence
inouïe, de braquer les projecteurs sur cette sous-culture. En effet, en cultivant le mystère,
les thèmes morbides ainsi que la passion du noir et des cimetières, le goth, comme on
l'appelle aujourd'hui, permet rapidement d'expliquer le drame. Au prix, bien sûr, de
raccourcis médiatiques «plus que douteux», estiment les observateurs de ce mouvement
où, dans les faits, armes à feu, iconographie militaire et violence n'ont pas vraiment droit
de cité.
«Associer le mouvement gothique à une tuerie, c'est totalement ridicule. C'est un peu
comme dire que dans les banlieues [françaises], tout ceux qui écoutent du rap sont des
émeutiers ou des tueurs», résume à l'autre bout du fil, depuis son bureau parisien,
Guillaume Michel, rédacteur en chef du magazine D-Side, qui s'intéresse à la culture
alternative et underground en général et au courant gothique en particulier. «Jamais le
courant gothique n'a fait l'apologie de la violence. Mais pour les médias, l'amalgame est
facile à faire.»
Normal. C'est qu'en puisant ses racines dans le courant punk britannique à la charnière
des décennies 70 et 80, l'univers gothique s'est doucement imposé dans le monde
occidental comme une sous-culture à l'atmosphère sombre et torturée qui voue une
certaine fascination aux catacombes, aux ambiances lugubres ainsi qu'à la mort et à ses
nombreux dérivés. À ses débuts, le tout est alimenté par des formations musicales qui ont
dessiné les contours de cette marge: Siouxsie and the Banshees, The Cure, The Sisters of
Mercy, Dead Can Dance, Cocteau Twins ou encore Bauhaus, pour ne citer qu'eux.
«Les gothiques, on ne les connaît pas très bien», résume la sociologue Diane Pacom, de
l'Université d'Ottawa, jointe hier par téléphone. «Mais comme ils sont spectaculaires avec
leur accoutrement [ils sont vêtus de noir et maquillés de couleurs sombres sur des teints
généralement pâles], ils inquiètent avec leur côté trouble. Alors, forcément, on a tendance
à les associer [au geste commis par Gill dans un collège montréalais mercredi].»
Pourtant...
Loin de souhaiter la mort d'autrui ou même leur propre mort, les jeunes succombent à
l'appel du gothique généralement pour le néoromantisme qui traverse ce courant. Sans
oublier ce qui l'accompagne, c'est-à-dire un goût prononcé pour les représentations de la
mélancolie, de l'ennui, de la souffrance et du drame.
En matière de bouquins, les gothiques plongent facilement dans le spleen de Baudelaire,
dans les écrits du marquis de Sade, de Mary Shelley (Frankenstein), de Bram Stoker
(Dracula) et d'Oscar Wilde, voire dans l'oeuvre d'Edgar Allan Poe, entre autres, pour
mieux entretenir leur opposition au rationalisme et au matérialisme d'une époque dont ils
semblent rejeter en bloc les fondements.
À l'écran, le courant s'abreuve aux univers de David Lynch, par exemple, mais aussi à
l'esthétique du Nosferatu de Fritz Lang ou encore au film The Crow d'Alex Proyas qui,
avec l'acteur Brandon Lee en 1994, a fortement alimenté la deuxième génération de
gothiques à l'origine d'un certain renouveau du mouvement.
Enfin, séduits par le Moyen Âge, le vampirisme, l'Antiquité et les coins obscurs, les
gothiques expriment également leur fascination pour le macabre à travers le noir de leur
«costume officiel», qui vise autant à exprimer sophistication et dureté dans leur
apparence qu'adoration de la mort et du deuil.
Un groupe replié sur lui-même
Dans la marge, les gothiques n'en demeurent pas moins bien intégrés à la société, estime
Mme Pacom, qui souligne qu'en tant que sous-culture plutôt que contre-culture, ce
mouvement «est assez replié sur lui-même, n'a pas de programme politique et
certainement pas des revendications dans la société civile» qui pourraient les inciter à
prendre les armes pour exprimer le malaise qui est le leur.
Cet avis, la sociologue allemande Brigit Richard le partage d'ailleurs dans les pages de
l'édition 2006 de Contemporary Youth Culture - An International Encyclopedia
(Greenwood Press). La spécialiste du gothique y indique par exemple que le culte du
macabre semble finalement agir comme un exutoire. La «fascination pour les images et
les concepts entourant la mort finit par tracer une ligne claire qui n'appelle pas à la
réalisation de fantasmes nécrologiques», écrit-elle.
«Le taux de suicides ou d'homicides dans cette sous-culture n'est pas plus élevé que dans
d'autres sous-cultures», fait remarquer Diane Pacom. «Mais comme dans n'importe quel
groupe, les glissements sont possibles. On voit d'ailleurs apparaître une branche plus
extrême du mouvement gothique depuis quelques années. Mais cela ne veut pas dire
qu'elle est dangereuse.»
Le gothique métal, courant auquel Gill souhaitait appartenir, pourrait sans doute entrer
dans cette catégorie avec ses origines plus récentes, qui s'accrochent au mouvement
heavy métal européen du début des années 90. Poussée par des formations musicales
comme Penumbra, Therion et Trail of Tears ou encore par le chanteur américain Marilyn
Manson, cette excroissance un brin agressive (d'un point de vue musical s'entend) est
effectivement «plus à droite», résume Éric Lacourse, de l'Unité de recherche biopsycho-
sociale de l'Université de Montréal. «Mais ce n'est pas une raison pour stigmatiser
ceux qui écoutent cette musique qui, en général, véhicule des valeurs de non-violence et
d'égalité.»
Pessimisme latent, histoires d'amours impossibles ou finissant mal, voire les deux à la
fois, imaginaire religieux, satanique et même victorien ou édouardien: le gothique métal
ne s'éloigne pas totalement de sa base fondatrice, même si les puristes aiment bien
remettre la filiation en question.
Porte-étendard de ce courant, la formation Lacuna Coil, qui construit depuis quelques
années la ramification du métal gothique italien en raison de ses origines milanaises,
exploite pleinement toutes les composantes esthétiques et discursives de cette sousculture
«qui rejoint facilement les jeunes fragilisés cherchant un groupe d'appartenance»,
dit Mme Pacom.
Selon le journal en ligne de Kimveer Gill, la chanson When A Dead Man Walks de
Lacuna Coil a rythmé un moment de sa nuit, avant le drame. Ce groupe marquera
toutefois l'histoire pour une autre raison: son succès nord-américain repose autant sur son
talent que sur l'efficacité redoutable du cyberespace comme vecteur de tendances.
Ces Italiens viennent d'ailleurs de s'illustrer sur la scène musicale avec une reprise,
version gothique métal, de la chanson Enjoy The Silence de la vieille formation technopop
Depeche Mode. Deux ingrédients inoffensifs qui, même remis au goût du jour avec
la voix de Cristina Scabbia, sont loin d'induire cette intense frustration qui, par un matin
de septembre, a mené à détruire son prochain avant de retourner son arme contre soi.
Avec la collaboration de Pauline Gravel
Illustration(s) :
Le chanteur Marilyn Manson, une des figures dominantes du gothique métal.
Catégorie : La Une; Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Musique; Littérature et livres
Type(s) d'article : Article
Taille : Long, 859 mots
© 2006 Le Devoir. Tous droits réservés.
Doc. : news·20060915·LE·118188
en voici un que j ai trouvé dans les archives de mon collège il y a quelque temps, et que j ai retrouvé tantôt
Le Devoir
LES ACTUALITÉS, vendredi 15 septembre 2006, p. a1
La face cachée d'un courant obscur
«Associer le mouvement gothique à une tuerie, c'est totalement ridicule»
Deglise, Fabien
En revendiquant sur son site Internet son appartenance au courant gothique métal,
Kimveer Gill, le tueur du Collège Dawson, a permis, à travers un geste d'une violence
inouïe, de braquer les projecteurs sur cette sous-culture. En effet, en cultivant le mystère,
les thèmes morbides ainsi que la passion du noir et des cimetières, le goth, comme on
l'appelle aujourd'hui, permet rapidement d'expliquer le drame. Au prix, bien sûr, de
raccourcis médiatiques «plus que douteux», estiment les observateurs de ce mouvement
où, dans les faits, armes à feu, iconographie militaire et violence n'ont pas vraiment droit
de cité.
«Associer le mouvement gothique à une tuerie, c'est totalement ridicule. C'est un peu
comme dire que dans les banlieues [françaises], tout ceux qui écoutent du rap sont des
émeutiers ou des tueurs», résume à l'autre bout du fil, depuis son bureau parisien,
Guillaume Michel, rédacteur en chef du magazine D-Side, qui s'intéresse à la culture
alternative et underground en général et au courant gothique en particulier. «Jamais le
courant gothique n'a fait l'apologie de la violence. Mais pour les médias, l'amalgame est
facile à faire.»
Normal. C'est qu'en puisant ses racines dans le courant punk britannique à la charnière
des décennies 70 et 80, l'univers gothique s'est doucement imposé dans le monde
occidental comme une sous-culture à l'atmosphère sombre et torturée qui voue une
certaine fascination aux catacombes, aux ambiances lugubres ainsi qu'à la mort et à ses
nombreux dérivés. À ses débuts, le tout est alimenté par des formations musicales qui ont
dessiné les contours de cette marge: Siouxsie and the Banshees, The Cure, The Sisters of
Mercy, Dead Can Dance, Cocteau Twins ou encore Bauhaus, pour ne citer qu'eux.
«Les gothiques, on ne les connaît pas très bien», résume la sociologue Diane Pacom, de
l'Université d'Ottawa, jointe hier par téléphone. «Mais comme ils sont spectaculaires avec
leur accoutrement [ils sont vêtus de noir et maquillés de couleurs sombres sur des teints
généralement pâles], ils inquiètent avec leur côté trouble. Alors, forcément, on a tendance
à les associer [au geste commis par Gill dans un collège montréalais mercredi].»
Pourtant...
Loin de souhaiter la mort d'autrui ou même leur propre mort, les jeunes succombent à
l'appel du gothique généralement pour le néoromantisme qui traverse ce courant. Sans
oublier ce qui l'accompagne, c'est-à-dire un goût prononcé pour les représentations de la
mélancolie, de l'ennui, de la souffrance et du drame.
En matière de bouquins, les gothiques plongent facilement dans le spleen de Baudelaire,
dans les écrits du marquis de Sade, de Mary Shelley (Frankenstein), de Bram Stoker
(Dracula) et d'Oscar Wilde, voire dans l'oeuvre d'Edgar Allan Poe, entre autres, pour
mieux entretenir leur opposition au rationalisme et au matérialisme d'une époque dont ils
semblent rejeter en bloc les fondements.
À l'écran, le courant s'abreuve aux univers de David Lynch, par exemple, mais aussi à
l'esthétique du Nosferatu de Fritz Lang ou encore au film The Crow d'Alex Proyas qui,
avec l'acteur Brandon Lee en 1994, a fortement alimenté la deuxième génération de
gothiques à l'origine d'un certain renouveau du mouvement.
Enfin, séduits par le Moyen Âge, le vampirisme, l'Antiquité et les coins obscurs, les
gothiques expriment également leur fascination pour le macabre à travers le noir de leur
«costume officiel», qui vise autant à exprimer sophistication et dureté dans leur
apparence qu'adoration de la mort et du deuil.
Un groupe replié sur lui-même
Dans la marge, les gothiques n'en demeurent pas moins bien intégrés à la société, estime
Mme Pacom, qui souligne qu'en tant que sous-culture plutôt que contre-culture, ce
mouvement «est assez replié sur lui-même, n'a pas de programme politique et
certainement pas des revendications dans la société civile» qui pourraient les inciter à
prendre les armes pour exprimer le malaise qui est le leur.
Cet avis, la sociologue allemande Brigit Richard le partage d'ailleurs dans les pages de
l'édition 2006 de Contemporary Youth Culture - An International Encyclopedia
(Greenwood Press). La spécialiste du gothique y indique par exemple que le culte du
macabre semble finalement agir comme un exutoire. La «fascination pour les images et
les concepts entourant la mort finit par tracer une ligne claire qui n'appelle pas à la
réalisation de fantasmes nécrologiques», écrit-elle.
«Le taux de suicides ou d'homicides dans cette sous-culture n'est pas plus élevé que dans
d'autres sous-cultures», fait remarquer Diane Pacom. «Mais comme dans n'importe quel
groupe, les glissements sont possibles. On voit d'ailleurs apparaître une branche plus
extrême du mouvement gothique depuis quelques années. Mais cela ne veut pas dire
qu'elle est dangereuse.»
Le gothique métal, courant auquel Gill souhaitait appartenir, pourrait sans doute entrer
dans cette catégorie avec ses origines plus récentes, qui s'accrochent au mouvement
heavy métal européen du début des années 90. Poussée par des formations musicales
comme Penumbra, Therion et Trail of Tears ou encore par le chanteur américain Marilyn
Manson, cette excroissance un brin agressive (d'un point de vue musical s'entend) est
effectivement «plus à droite», résume Éric Lacourse, de l'Unité de recherche biopsycho-
sociale de l'Université de Montréal. «Mais ce n'est pas une raison pour stigmatiser
ceux qui écoutent cette musique qui, en général, véhicule des valeurs de non-violence et
d'égalité.»
Pessimisme latent, histoires d'amours impossibles ou finissant mal, voire les deux à la
fois, imaginaire religieux, satanique et même victorien ou édouardien: le gothique métal
ne s'éloigne pas totalement de sa base fondatrice, même si les puristes aiment bien
remettre la filiation en question.
Porte-étendard de ce courant, la formation Lacuna Coil, qui construit depuis quelques
années la ramification du métal gothique italien en raison de ses origines milanaises,
exploite pleinement toutes les composantes esthétiques et discursives de cette sousculture
«qui rejoint facilement les jeunes fragilisés cherchant un groupe d'appartenance»,
dit Mme Pacom.
Selon le journal en ligne de Kimveer Gill, la chanson When A Dead Man Walks de
Lacuna Coil a rythmé un moment de sa nuit, avant le drame. Ce groupe marquera
toutefois l'histoire pour une autre raison: son succès nord-américain repose autant sur son
talent que sur l'efficacité redoutable du cyberespace comme vecteur de tendances.
Ces Italiens viennent d'ailleurs de s'illustrer sur la scène musicale avec une reprise,
version gothique métal, de la chanson Enjoy The Silence de la vieille formation technopop
Depeche Mode. Deux ingrédients inoffensifs qui, même remis au goût du jour avec
la voix de Cristina Scabbia, sont loin d'induire cette intense frustration qui, par un matin
de septembre, a mené à détruire son prochain avant de retourner son arme contre soi.
Avec la collaboration de Pauline Gravel
Illustration(s) :
Le chanteur Marilyn Manson, une des figures dominantes du gothique métal.
Catégorie : La Une; Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Musique; Littérature et livres
Type(s) d'article : Article
Taille : Long, 859 mots
© 2006 Le Devoir. Tous droits réservés.
Doc. : news·20060915·LE·118188























Alors que pourtant je viens des cure, du batcave...Seulement je n'ai pas envie de m'habiller de façon à me fondre dans le moule romantique qu'on aujourd'hui les goth dans leur petite caboche, désolée, ma personnalité dépasse ces conneries.
